Environ un chien sur six mange régulièrement des excréments, selon une enquête de l'université de Californie à Davis menée en 2018 auprès de plus de 1 500 propriétaires. Cette coprophagie chez le chien est le plus souvent un comportement naturel d'origine ancestrale, entretenu par la faim ou une mauvaise habitude ; plus rarement, l'animal souffre d'un trouble digestif ou de parasites intestinaux qu'un examen clinique chez le vétérinaire doit écarter. Le caca ramassé vite, un environnement propre et un animal de compagnie occupé suffisent dans la majorité des cas.
La coprophagie chez le chien n'est ni une maladie en soi, ni une punition à infliger. C'est un signal : un chiot qui explore, un chien adulte qui s'ennuie, un animal qui a faim ou qui a appris que la crotte attire l'attention de son maître. On l'arrête en supprimant l'occasion, en changeant la routine et en vérifiant la santé, pas en grondant.
Pourquoi mon chien mange ses excréments ?
La première raison est ancienne. La louve comme la chienne nettoient leur tanière en mangeant les selles de leurs petits pendant les premières semaines de vie. Les chercheurs de Davis avancent une seconde explication : les excréments frais ne contiennent pas encore de larves de parasites intestinaux, qui n'éclosent qu'au bout d'un ou deux jours. Manger un excrément frais éloignait donc un risque de la zone de repos, et effaçait au passage une odeur qui aurait pu attirer un prédateur. Leur enquête montre d'ailleurs que la grande majorité des chiens coprophages choisissent des selles de moins de deux jours.
Ce vieux réflexe ne suffit pas à expliquer pourquoi un chien le garde et un autre non. Les causes de ce comportement se combinent souvent :
- L'ennui et le manque de stimulation : un chien seul de longues heures dans un jardin fait avec ce qu'il trouve, et une crotte est un objet à explorer.
- La faim : les chiens décrits comme gloutons sont plus souvent coprophages dans l'étude de 2018. Une ration trop juste ou mal répartie sur la journée entretient la recherche de nourriture.
- L'attention : si chaque crotte ramassée déclenche une course poursuite, le chien apprend qu'elle lui rapporte un jeu.
- La peur de la punition : un chiot grondé pour un accident de propreté peut faire disparaître la preuve.
- L'imitation : dans un foyer à plusieurs chiens, un chien peut adopter ce comportement en regardant un congénère.
La coprophagie est un comportement fréquent, et il ne dit rien sur l'éducation reçue. Pour lire les autres signaux de votre compagnon, la page sur ce que le comportement du chien exprime au quotidien donne le cadre général.
Est-ce un comportement normal chez le chiot ?
Oui dans une large mesure. Un chiot découvre le monde par la bouche : il mâchonne les cailloux, les feuilles, les chaussures, et les crottes n'échappent pas à l'inventaire. Entre trois et six mois, beaucoup de chiots mangent leurs crottes puis s'en désintéressent, surtout si l'environnement reste propre et si la propreté s'apprend sans cris. Un chiot qui mange ses crottes le lendemain d'une remontrance pour une flaque sur le tapis envoie un message clair : il cache. Les méthodes décrites dans l'article sur l'apprentissage de la propreté du chiot réduisent ce risque, car elles récompensent le bon endroit au lieu de sanctionner le mauvais.
Chez le chien adulte, la situation est différente. Un animal qui n'a jamais eu ce comportement et qui le développe soudain mérite une visite chez le vétérinaire : un changement brutal de conduite alimentaire a souvent une explication médicale, et c'est le premier point à vérifier avant tout travail d'éducation canine.
Quelles sont les causes médicales de la coprophagie ?
Plusieurs troubles de santé poussent un chien à chercher des nutriments ailleurs que dans sa gamelle. L'examen clinique du vétérinaire, complété au besoin par une analyse de selles ou une prise de sang, permet de les écarter :
- Les parasites intestinaux (vers ronds, ténias, giardia), qui détournent une partie de l'aliment et entretiennent la faim ;
- Une mauvaise digestion, notamment l'insuffisance pancréatique exocrine, où les selles restent riches en graisses non digérées et donc appétentes ;
- Une carence alimentaire, plus rare avec un aliment complet de qualité, mais possible avec une ration ménagère mal équilibrée ;
- Un traitement qui ouvre l'appétit, comme les corticoïdes, ou une maladie qui l'augmente (diabète, trouble de la thyroïde) ;
- Un déséquilibre de la flore intestinale après une diarrhée ou une antibiothérapie.
Chez le chien âgé, un déclin cognitif peut aussi faire apparaître ce comportement. La malnutrition vraie est devenue rare chez l'animal de compagnie nourri avec un aliment industriel complet, mais une ration maison sans conseil nutritionnel en reste une raison possible. Le stress d'un déménagement, d'une hospitalisation ou d'une arrivée dans le foyer peut également déclencher le phénomène. Aucun de ces signes cliniques ne se diagnostique à la maison : le rôle du propriétaire est de noter depuis quand le chien mange ses excréments, à quelle fréquence, s'il maigrit, s'il a des selles molles ou une mauvaise haleine, et de le dire au vétérinaire. Le moindre symptôme associé (sang dans les selles, amaigrissement, soif accrue) justifie de consulter un professionnel sans attendre : la clinique vétérinaire dispose des analyses que la maison n'a pas, et un bilan clinique simple suffit souvent à trancher.
Et quand le chien mange les crottes du chat ?
C'est l'autre forme courante, et elle a une explication simple : l'aliment pour chat est plus riche en protéines et en graisses, et les selles du chat en gardent l'odeur. La litière placée au sol est un buffet pour un chien curieux. Une litière couverte dont l'ouverture est tournée vers un mur, posée en hauteur ou derrière une barrière à chat, règle la question sans rien changer pour le félin. Les excréments d'autres animaux (chevaux, lapins, gibier) attirent aussi de nombreux chiens en promenade.
Quels sont les risques pour la santé du chien ?
Manger ses propres crottes fraîches expose peu un chien vermifugé et en bonne santé. Le risque monte avec les excréments d'autres animaux : un chien qui mange ceux de congénères inconnus ou de la faune peut ingérer des œufs de parasites intestinaux, des bactéries comme les salmonelles, ou des résidus de vermifuge toxiques pour certaines races sensibles à l'ivermectine (colley, berger australien). Les selles d'un cheval tout juste traité en font partie. Pour éviter ce danger, le plus sûr est de tenir le chien en laisse dans les prés et de respecter le rythme de vermifugation conseillé en clinique ; pour éviter aussi une contamination de la famille, se laver les mains et nettoyer les gamelles reste une bonne raison d'hygiène. Chez l'animal jeune, un examen de selles au moindre doute est une précaution peu contraignante.
Les autres conséquences sont plus quotidiennes : mauvaise haleine, vomissements occasionnels, et une relation qui se tend quand le maître passe les promenades à surveiller le sol. C'est souvent ce dernier point qui pousse à consulter. Un chien coprophage n'est pas un chien sale, et sa compagnie n'a rien de dangereux au quotidien ; c'est un animal dont il faut comprendre la motivation pour la remplacer.
Comment arrêter ce comportement, étape par étape
La méthode tient en quatre gestes, à suivre ensemble plutôt que l'un après l'autre. Le tableau ci-après relie chaque cause probable à la réponse la plus utile.
| Situation observée | Cause probable | Réponse prioritaire |
|---|---|---|
| Chiot de moins de six mois, surtout après un accident de propreté | Exploration, peur d'être grondé | Ramasser aussitôt, récompenser la propreté, ne jamais punir |
| Chien seul au jardin plusieurs heures par jour | Ennui, manque de stimulation mentale | Jouet chien à mâcher, recherche olfactive, sorties plus longues |
| Chien glouton qui vide sa gamelle en quelques secondes | Faim, ration mal répartie | Deux ou trois repas par jour, gamelle anti-glouton, bilan de la ration |
| Chien adulte qui commence soudain, maigrit ou a des selles molles | Trouble digestif, parasites, carence | Consultation vétérinaire avant tout travail d'éducation |
| Chien qui fonce sur la crotte dès que le maître s'approche | Recherche d'attention, jeu appris | Rester calme, rappel récompensé, ramasser hors de sa vue |
1. Supprimer l'occasion
Un environnement propre coupe le cercle de l'habitude : ramasser le caca dès qu'il est fait, au jardin comme en promenade, et accompagner le chien quand il sort faire ses besoins pendant quelques semaines. Chaque crotte mangée renforce le comportement ; chaque crotte ramassée l'affaiblit. La laisse longue en promenade permet d'intervenir avant, pas après.
2. Apprendre un « laisse » et un rappel solides
Le chien doit avoir une meilleure option que l'excrément. Un « laisse » travaillé à la maison avec une friandise posée au sol, puis généralisé dehors, et un rappel payé par une récompense de grande valeur, permettent de le détourner au bon moment. Le détail des exercices se trouve dans l'article sur la méthode pour que le chien revienne à coup sûr. L'idée est d'interrompre le geste sans en faire un drame : un cri transforme la crotte en objet précieux qu'il faut avaler vite.
3. Occuper la tête autant que les pattes
Le manque de stimulation mentale est l'une des causes les plus faciles à traiter. Tapis de fouille, jouet distributeur de croquettes, jeux de flair dans le jardin, quelques minutes d'éducation positive chaque jour : un chien fatigué mentalement cherche moins à s'occuper avec ce qui traîne. Dix minutes de recherche olfactive valent souvent une demi-heure de marche sur le même trottoir.
4. Revoir l'alimentation de votre chien
Un aliment complet, adapté à l'âge, au poids et à l'activité, réparti en plusieurs repas, calme la recherche de nourriture. Si la ration a été réduite pour un régime, le vétérinaire peut proposer un aliment riche en fibres qui rassasie davantage. Les repères pour choisir et doser sont dans le guide sur le choix et la quantité de croquettes. Changer d'aliment se fait progressivement, sur une semaine environ, pour ne pas provoquer de troubles digestifs.
Les produits vendus contre la coprophagie fonctionnent-ils ?
Poudres à ajouter à la gamelle, comprimés « au goût amer » censés rendre les selles répugnantes, friandises dentaires : l'offre est large, les résultats beaucoup moins. Dans l'enquête de Davis, les propriétaires qui avaient essayé ces additifs rapportaient un taux de réussite très faible, de l'ordre de quelques pour cent, à peine différent de celui d'une punition. L'explication est simple : ces produits ne traitent aucune des causes (faim, ennui, habitude), et un chien motivé mange des selles au goût médiocre.
Ce qui ressort de la même étude, c'est l'efficacité de la surveillance et du ramassage immédiat. Avant de dépenser de l'argent en compléments, mieux vaut investir du temps : quelques semaines de sorties accompagnées suffisent souvent à éteindre l'habitude. Si un produit vous est conseillé en clinique vétérinaire dans le cadre d'un traitement digestif, c'est une autre démarche, qui s'appuie sur un diagnostic.
Faut-il gronder un chien qui mange ses crottes ?
Non. La punition aggrave presque toujours le problème. Un chien grondé au moment où il s'approche d'une crotte apprend deux choses : qu'il faut se dépêcher de l'avaler, et que faire ses besoins devant son maître est dangereux. Le premier effet accélère la coprophagie, le second complique la propreté, avec des chiens qui se cachent pour faire leurs besoins. Le soin porté à la relation compte davantage que la sanction : rester neutre, détourner, récompenser le bon choix.
Si malgré ces conseils le comportement dure plusieurs mois, s'accompagne d'autres signes d'anxiété (léchage excessif, destructions, vocalises en votre absence) ou s'installe chez un chien âgé, un bilan chez le vétérinaire puis l'avis d'un comportementaliste canin permettent de regarder la situation dans son ensemble. La coprophagie reste rarement un problème isolé quand elle résiste à un environnement propre et à une vie mieux remplie.
Ce que la plupart des guides oublient : tenir un carnet sur deux semaines
Pour savoir quelle cause domine chez votre chien, rien ne vaut une observation écrite. Pendant quatorze jours, notez pour chaque épisode l'heure, le lieu, le délai depuis le dernier repas, la présence ou non d'un humain, et s'il s'agissait de ses crottes ou de celles d'autres animaux. Un exemple concret : un chien qui mange ses excréments surtout en fin de matinée, seul au jardin, trois heures après un repas unique du matin, pointe vers la faim et l'ennui, deux leviers qu'on règle en fractionnant la ration et en ajoutant un jeu d'occupation. Un chien qui ne le fait qu'en votre présence cherche plutôt l'attention.
Ce carnet a un second intérêt : il donne au vétérinaire des faits précis au lieu d'une impression, et il montre les progrès. Beaucoup de propriétaires constatent qu'un comportement vécu comme quotidien ne se produit en réalité que deux ou trois fois par semaine, dans des circonstances très répétitives. Une fois ces circonstances connues, la solution devient évidente, et la coprophagie disparaît souvent en quelques semaines.















